Fragonard - Marguerite Gérard. Une révélation, des propositions. Exposition mars 2025 - Catalogue - Page 64
Introduction
M
arguerite Gérard (17611837) occupe une place
de choix dans le paysage
artistique français des années 17801820. Tombée dans l’oubli après son
décès, elle est encore peu représentée
dans les collections publiques
nationales, malgré l’acquisition
en 2019 par le Louvre de L’Élève
intéressante (ill. 4). Longtemps réduite
à son statut d’élève de Fragonard,
elle suscite depuis une quarantaine
d’années un regain d’intérêt parmi
les historiens de l’art : la thèse de
Sally Wells-Robertson en 19781,
l’importante monographie de Carole
Blumenfeld en 20192, auxquelles il
faut ajouter les travaux de Jean-Pierre
Cuzin3 et de Pierre Rosenberg4,
ont permis de mieux comprendre
son œuvre et sa personnalité.
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Cadette d’une famille de sept enfants,
Marguerite Gérard est la )lle d’un
1. Sally Wells-Robertson, Marguerite Gérard, 1761-1837,
Ph. D. diss., University of New York, 1978, 2 vol.
2. Carole Blumenfeld, Marguerite Gérard, 1761-1837,
Montreuil, Gourcuff Gradenigo, 2019.
3. Jean-Pierre Cuzin, Jean-Honoré Fragonard. Vie et
œuvre. Catalogue complet des peintures, Fribourg, O,ce
du livre, Paris, Vilo, 1987.
4. Fragonard, dir. Pierre Rosenberg (cat. exp., Paris,
galeries nationales du Grand Palais, 24 septembre 19874 janvier 1988 ; New York, Metropolitan Museum
of Art, 2 février-8 mai 1988), Paris, RMN, 1987 et
Pierre Rosenberg, Tout l’œuvre peint de Fragonard, Paris,
Flammarion, 1989.
parfumeur grassois entretenant des
liens étroits avec le milieu parisien.
En 1769, sa sœur Marie-Anne, de
onze ans son aînée, quitte sa ville
natale pour rejoindre la capitale et
y épouser Jean Honoré Fragonard,
peintre apprécié et fortuné, lui-même
originaire de Grasse. À la mort de
sa mère en 1775, Marguerite, âgée
de quatorze ans, est recueillie par
le couple. Sa sensibilité d’artiste
s’épanouit en découvrant leur atelier.
Comme Marie-Anne, miniaturiste de
talent formée par son mari, elle entre
en apprentissage chez Fragonard,
alors au sommet de sa gloire. Elle
assimile le goût et la technique du
peintre, qui lui enseigne l’eau-forte.
En 1778, elle signe une première
gravure d’après l’un de ses dessins,
Le Chat emmailloté (ill. 1), ainsi
que La Première Leçon d’équitation.
Elles sont bientôt suivies par d’autres
planches. Son estampe Au génie de
Franklin (ill. 2), exposée au Salon de la
correspondance en 1779, témoigne des
progrès de la jeune artiste, qui gagne
en dextérité tout en développant sa
propre manière. Marguerite Gérard
ne cherchera jamais à s’engager
dans une carrière o,cielle, d’autant
que l’Académie royale de peinture
et de sculpture limite à quatre le
nombre de femmes admises en son